Une journée, pas si tranquille que ça… !

Dans le couloir de l’hôpital, le docteur Duran est adossé à un pilier du couloir extérieur, donnant sur un carré de sable où des enfants s’amusent. Il déguste un café que vient de lui apporter une aide soignante. Sa blouse blanche est complètement déboutonnée, il porte un badge où son nom y figure, ainsi que son prénom Jérémy.

Une pause de quelques minutes, qui en réalité n’a duré que quelques cinquante secondes.

Un bruit de porte au fond du couloir qui se ferme brutalement, le rend hésitant de rentrer dans la pièce où la porte de couleur pastel marquée  » infirmerie « . Il tourne la tête, et aperçoit un policier qui arrive en courant.

Docteur ça tombe bien que vous soyez là, vous allez pouvoir me renseigner sur un migrant qui a été hospitalisé hier, ou avant-hier ?

Comme vous pouvez le savoir monsieur le policier, le migrant en question, je ne peux pas vous en dire grand chose ! …..Ici dans cet hôpital ils en arrivent tous les jours des migrants !

Oui, je vous comprends très bien, mais ce migrant que je cherche a été opéré du ventre, sur ma fiche de renseignements votre nom y figure. Il a été pris en charge par vous docteur Duran ?

– Je suis tenu au secret professionnel…..il vous faudra, de voir ce problème avec l’administration de l’hôpital !

–  Bien sur….bon je vais continuer à enquêter, merci docteur !

 

Dans son bureau de consultation, le docteur Duran, reprend la lecture des dossiers, et en particulier celui de l’opéré, regarde la radio ci-jointe.  Il est perplexe, fait la grimace.

L’infirmière son assistante entre, tenant dans sa main droite une boîte renfermant un médicament qu’elle ne connaît aucunement.

– Docteur, vous pouvez me dire, qui à prescrit ce médicament ?

– C’est mon collègue, le docteur Frédérique……..vous l’avez croisé ?

– Non, pourquoi ?

– Vous pouvez lui dire de venir me voir ici ?

–  Compter sur moi, je fais le nécessaire, d’ailleurs il faut que je le vois pour ce nouveau médicament !

Le docteur Frédérique frappe à la porte et entre.

– Tu as un problème avec un malade ?

–  Pas forcément, dis moi, tu l’as eu dans ton service le migrant que j’ai opéré de l’estomac ?

–  Son nom ?

–  Alors là, sur la feuille d’entrée, écrit au stylo bic masculin, avec un  J !

–  Je vois très bien de qui tu parles,  cette personne est très fragile, les infirmières le surnomme  » l’homme au blouson bleu marine « 

–  Il y a quelques vingt minutes dans le couloir j’ai eu la visite d’un policier qui voulait des renseignements sur ce migrant…..tu sais très bien pourquoi je l’ai opéré ?

À partir de maintenant nous n’allons pas mettre sur les documents la véritable intervention chirurgicale, mais opéré de l’estomac du à un ulcère pour mauvaise nutrition  antérieure ?

–  Tu as raison, ne donnons pas d’informations afin que ce gars n’aille pas en prison, et surtout d’être renvoyé dans son pays d’origine !

Une ambulance blanche marquée d’une croix bleue arrive, suivie d’une voiture de couleur foncée de gendarmerie. Deux infirmiers soutiennent un homme d’un âge assez jeune pour marcher, celui-ci paraît malade, ne tenant pas debout.

Un des deux gendarmes tend une feuille à une hôtesse, qui se trouve à l’accueil.

–  Un nouveau migrant, les gardiens du port l’ont trouvé dans un local désaffecté. D’après les vigiles de service de la nuit dernière, cela faisait cinq jours, et quatre nuits qu’il était dans ce local, sans manger, et presque sans boire. Dès que son état de santé sera meilleur, nous reviendrons pour l’interroger !

Cet homme que l’on nommera Hammed, nom provisoire. Son état de grande faiblesse l’empêche de prononcer sa réelle identité. Il sera soigné, occupera la chambre 201.

Trois jours plus tard, après avoir obtenu l’accord des médecins, deux gendarmes et un agent hospitalier entrent dans la chambre.

– Bonjour, je suis le brigadier Simon, je vois nettement que vous allez beaucoup mieux ! Il faut que l’on parle tous les deux ?…. Hammed  n’est pas ton véritable prénom ?

– Non, je m’appelle Paul-François Gandéby !

– Bien, tu peux me parler de ton copain, celui qui a été opéré ?

– Qu’est ce que vous cherchez à savoir ? Je ne le connais pas, en plus ce n’est pas mon copain, monsieur l’agent, nous étions si nombreux sur le bateau.

– Justement sur le bateau, y avait-il de la drogue ? Une fois débarqué, tu en as fumé du cannabis ?

Une alarme sonne dans le couloir, des bruits de voix hurlent  « le patient de la chambre 204 s’est enfui ».

Les deux gendarmes sortent et courent, disent à l’agent présent dans la chambre : nous allons le rattraper !

Toutes les portes des chambres sont ouvertes, on ne retrouve pas le fugitif.

Une infirmière s’écrie, il ne doit pas être loin, il était perfusé, s’il quitte l’établissement dans cette tenue pyjama, il sera vite repéré !

Les deux agents de l’ordre sont à l’extérieur, fouillent les buissons, regardent dans toutes les voitures, interrogent les gens, résultat rien.

En réalité, le fuyard s’était caché dans le local de la lingerie de l’étage, puis s’est habillé en tenue blanche d’infirmier, changeant son accent, poussant un chariot de linge, prenant l’ascenseur pour aller à la buanderie où un camion de livraison était là. Il se cacha dedans pour quitter l’hôpital.

Hallucinations, non, cette personne était à sa troisième fuite d’un établissement hospitalier. Son ainé frère, en avait fait l’expérience cinq années auparavant. Un exemple de fierté pour lui, une liberté totale de fuir l’événementiel, sa liberté à lui d’aller en Angleterre pour retrouver une partie de ses frères dont ils avaient fuis la guerre, la misère.

Le gendarme Simon est revenu voir le médecin, mais pas le docteur Jérémy Duran, un autre, qui était interne de garde la nuit où ce Hammed fut pris en charge par le service des urgences

Le questionna, parce qu’il a eu le malade pendant cette nuit.

– Vous venez  m’annoncer que vous l’avez retrouvé, et mis en prison !

– Non malheureusement, il s’est volatilisé dans la nature, aucunes traces, il y a de grande chance qu’il soit dans un autre camp d’accueil, Calais…ou carrément arrivé à destination.

Ma question ce dénommé John, véritable identité Paul-François, était bien inscrit sur vos dossiers médicaux ?

– Oui !

– Savez-vous, si des gens lui rendaient visite ?

– Cette nuit là, deux femmes, dont une assez jeune, celle-ci tenait en main un sac plastique contenant deux bananes, une pomme, une boite de coca-cola, aussi j’ai remarqué qu’il y avait un sachet contenant une poudre blanche !

– A votre avis c’était quoi ?

– Justement j’ai posé la question, la jeune femme m’a répondu que c’était du sucre en poudre pour donner des forces !

– Vous l’avez crue ?

– Je ne suis pas policier…pas mon rôle d’enquêteur,  je suis médecin !

– Bien sûr, si votre patient avait vomi du liquide tout blanc, dans ce cas vous auriez agi de ce qu’il avait ingurgité exactement pour votre diagnostic !

– Sans aucun doute !

– Pourquoi tant de questions ?

– Par ce que les gardiens du port, on retrouvés une énorme quantité de drogue, et elle a disparu comme par enchantement comme ça ! Alors je voulais savoir si une petite partie de cette drogue aurait circulé dans cet établissement, par des visiteurs, des patients de ce camp de migrants !

Le téléphone portable du docteur sonne………..

– Oui….. Je suis en entretien, j’arrive de suite, faites là patienter dans mon bureau !

– Monsieur l’agent, comme vous pouvez le constater….je dois vous laisser, mon travail doit se poursuivre !

– Faites donc, merci, ma visite interrogative n’est pas une affaire de crime, simplement de réunir des informations pour mettre au dossier !

Une femme est assise, au demeurant elle parait agréable, d’âge moyen, belle. Elle avait de grands yeux bleus, une toison  de cheveux blonds.

–   Bonjour madame, que vous arrive t-il ?

–  Bonjour docteur, l’on m’a dit à l’accueil que le docteur Duran est absent aujourd’hui !

–  Je le remplace… c’est pour quoi exactement ? De quoi souffrez-vous ?

–  Non, je ne suis pas malade, je voulais avoir des nouvelles d’un monsieur Gandéby qui a subi une opération !

–  Je ne peux vous répondre favorablement, ce patient que vous citez a disparu, il s’est enfui, rassurez-vous il n’est pas revenu dans nos murs…J’en déduis que sa santé ne s’est pas dégradée ! Une question, vous êtes qui par rapport à ce monsieur ?

La femme se lève, replace ses longs cheveux, et dit

–   Qu’est ce que je vais leur dire aux autres !

–  Qu’il y a toujours ici à l’hôpital une porte toujours ouverte pour soigner les gens, et guérir les âmes !

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